
« CHRISTOFFA » a enthousiasmé le public de LA RAMPE
Jeudi soir, le jeune chorégraphe Davy Brun présentait sur la scène de La Rampe « Christoffa », sa première longue pièce pour soirée entière. une pièce inspirée par des musiques espagnoles du 15 éme siècle qui ont servi de point de départ de création et de support à la danse.
En parallèle, Davy Brun s’est intéressé au personnage de Christoffe Colomb, « héros » connu de tous a priori mais chez qui le chorégraphe a décelé des facettes qui ont éveillé sa curiosité. Sa danse est ainsi une extrapolation de « Christoffa » (prénom génois de l’explorateur), de la relation connu/inconnu, féminin/masculin qu’il traite de deux façons : une première partie de spectacle sombre, noire, froide, sur la base de la musique classique, très structurée, avec des costumes inspirés de cette époque, puis une seconde, claire, contemporaine, dynamique.
Tout au long du spectacle, le public a pu apprécier l’écriture très précise de Davy Brun qui propose une danse très travaillée, structurée, dense et qui exploite, avec six danseurs, toutes les formes de duo, solo, trio et ensemble, dans un continuum de mouvements.
Une danse qui a clairement séduit le public, les chaleureux applaudissements rappelant les artistes plusieurs fois à la fin du spectacle.

Davy Brun, le retour de la danse
CHRISTOFFA– chor. Davy Brun, mus. Eric Dartel, musique du XVe siècle
Collegno-Turin (Italie), Centro Coreografico- Lavanderia a Vapore
Davy Brun a été pendant des années danseur à l’Opéra de Lyon et au Ballet du Grand Théâtre de Genève, où il a dansé les pièces de Jirí Kylián, Mats Ek, Nacho Duato, William Forsyhe, Trisha Brown. Il s’agit donc d’un nouvel auteur français, mais non pas de la génération de la “post-nouvelle danse” ou de la “non-danse”.
Attiré par la figure du découvreur, le Cristoforo Colombo singulièrement évoqué dans le titre Christoffa de cette pièce, et par la musique ancienne (avec des textes également en latin), Brun a conçu un sextette pour trois filles et trois garçons (aux jambes nues sous de courts fracs noirs), très bien construit et très bien dansé. À noter l’originalité d’un duo féminin intrigant et sensuel avec de souples changements de poids; un moment vraiment nouveau par la qualité plastique et l’équilibre parfait entre les danseuses. Un puissant duo masculin était tout aussi séduisant et élégant.
Il n’est pas facile de se dégager des modules du langage international qui ont fait suite au “post-classique” et qui se répètent presque sans cesse dans les créations des chorégraphes héritiers de la lignée Kylián-Ek- Forsythe, en évitant tout ce qui est déjà connu et confirmé. Mais Brun semble être sur la bonne voie, en montrant qu’il est toujours possible de créer des œuvres de “danse-danse”.
Elisa Guzzo Vaccarino
Danse en terre inconnue
Par Martine Pullara
Très attendu avec Christoffa, sa première grande pièce, le chorégraphe lyonnais Davy Brun réussit à nous transporter dans un univers chorégraphique peu commun et d’une sensualité extrême.

Gregory Batardon
C’est en travaillant, il y a deux ans, pour le ballet de Saragosse, que Davy Brun découvrit Colon, un CD de musiques espagnoles du XVe siècle dont le livret laisse supposer qu’elles ont été composées par Christophe Colomb. Intrigué, il mène des recherches sur ce célèbre personnage, pour finalement se rendre compte que personne ne sait rien de lui, si ce n’est qu’il est un grand navigateur. De là naît son envie de parler de l’inconnu et du connu, la part affichée et la part obscure de chaque être, une dualité qui sera le point de départ de cette pièce. Mais il découvre aussi que le prénom de naissance de Colomb en génois est Christoffa et il se met alors à imaginer que sa part la plus inconnue est son côté féminin. Élargissant ainsi son interrogation sur le rapport que l’homme a avec sa féminité, et la femme avec sa masculinité.
Une scénographie en dichotomie, noire et blanche
Dans une atmosphère sombre, avec des danseurs tous vêtus de noir, la danse de la première partie joue l’épure et la magnificence d’une écriture faite de solos, duos et trios. En cet endroit presque caché, les corps glissent, se cherchent, s’accrochent, se rejoignent, convoquent la distance et la précision, pour se fondre aussi dans des lâchers d’une sensualité extrême. Davy Brun appose des femmes et des hommes qui auront à faire avec eux-mêmes et avec l’autre. Très construite, l’écriture ne déstabilise pas moins notre regard. Car, si elle fait référence à un certain néo-classicisme, elle est souvent transformée en une gestuelle pleine de subtilité, de détournements et trouve son incarnation et sa modernité dans l’humanité que le chorégraphe extrait de ses interprètes. C’est aussi cela qui fait réussir l’alchimie entre la danse et la musique, la première renvoyant à la seconde une énergie et des émotions leur permettant d’échapper à un simple rapport esthétique.
La deuxième partie laisse la place au blanc, à la mise à nu et à tous les possibles. La musique contemporaine d’Eric Dartel amène la douceur d’un piano soumis à d’autres sons, plus sourds, qui martèlent l’envie de nouveaux désirs. Tout en esquisse, derrière des voiles suspendus, les corps se craquèlent, se démantèlent et tentent la reconstruction. Recentrée par la suite sur le devant de la scène, l’écriture de Davy Brun devient brute, tactile, sexuelle et laisse apparaître l’affirmation d’identités doubles conduisant notamment à de superbes corps à corps. L’altérité – fondement de son travail – donne à la chorégraphie la force d’une métamorphose. Faite de portés, de déplacements en groupe soutenus par les liens des bras et des corps entre eux, la danse permet à l’individu de se mesurer à la reconnaissance de l’autre, celle-là même qui le laissera émerger dans ses fragilités et son entité.
Un chorégraphe qui s’affirme
Avec Christoffa, sa première pièce constituée de 6 danseurs au plateau, Davy Brun – ex-danseur du ballet de l’Opéra de Lyon – pose véritablement ses jalons de chorégraphe. Son univers et son écriture s’étendent sur une terre inconnue. Le temps et la maturité de ce nouveau statut d’artiste permettront à son écriture de se peaufiner encore. De Christoffa, on retient par-dessus tout un souffle vital. Celui qui dirige la danse dans les moindres replis des corps. Celui des interprètes, dont la qualité et l’engagement sur scène sont loin des clichés esthétisants. Une danse qui prend son envol dans des pulsions tout aussi feutrées que violentes, et qui déroute.

Décines.Davy Brun, le chorégraphe explorateur

Davy Brun, ancien danseur du ballet de l’Opéra de Lyon, devenu chorégraphe. Photo Claude Essertel
Danse. Davy Brun a le vent en poupe. L’ancien danseur des ballets de l’Opéra de Lyon et du Grand Théâtre de Genève présente sa nouvelle pièce, « Christoffa », jusqu’au 2 mars au Toboggan de Décines.
S’il était à la fois auteur et interprète d’« À contre danse », aujourd’hui ne plus danser ne manque plus à Davy Brun.
À présent, il se consacre à son métier de chorégraphe. Et déjà les mois à venir s’annoncent chargés pour lui. Outre la récente création de « Soldaten » pour le Ballet Mainz, sa troisième place remportée au concours de talents [re] connaissance lui garantit une quinzaine de dates.
À cela devrait s’ajouter une tournée de « Christoffa », sa première pièce longue pour six danseurs. Avec humilité, Davy Brun se réjouit des échos favorables reçus lors de l’avant-première qui a eu lieu à Marseille. Partisan d’une danse dansée, l’ancien danseur des ballets de l’Opéra de Lyon et du Grand Théâtre de Genève refuse l’improvisation sur scène, sans pour autant renier ses précédentes expériences auprès d’artistes tels Mats Ek, Trisha Brown ou William Forsythe.
L’idée de « Christoffa » est née il y a plus d’un an. À Saragosse, Davy Brun découvre des musiques du XV e siècle, contemporaines de Christophe Colomb, peut-être écrites par l’explorateur lui-même. Avec comme point de départ, cette rêverie autour de ce personnage, le chorégraphe s’interroge plus largement sur les frontières entre le connu et l’inconnu. À défaut d’une pièce au sujet de la vie du Génois, il s’agit d’un voyage dans un ailleurs léché et imaginaire.
Alexandre Minel

CARNET DE BAL
Francis De Coninck
Davy Brun ou l’itinéraire d’un homme pressé.
Vous l’avez peut-être découvert la saison dernière dans un duo dont il est l’auteur, dans le petit studio de la Maison de la Danse. Si le chorégraphe depuis deux ou trois saisons a le vent en poupe, il ne faudrait pas pour autant oublier que derrière le bogosse qui rêve d’être enfin le maître à bord de son propos chorégraphique, il y a aussi un danseur brillant et talentueux qui s’est retrouvé, à peine majeur, au sein de l’une des meilleures compagnies européennes : le Ballet de l’Opéra de Lyon.
Dans ce temple revisité par Nouvel, la tête dans les étoiles d’un studio réfugié en haut du bâtiment, il a rencontré tous les plus grands auteurs de la danse contemporaine d’aujourd’hui. Une expérience exceptionnelle pour forger une personnalité et un talent de danseur, pour approcher les styles et les propos les plus répandus actuellement. Un grand écart salutaire entre le conceptualisme post-américain et le destructuralisme de Forsythe qui forge un corps et pimente la culture d’un jeune homme, même si, l’avoue-t-il aujourd’hui, » je dansais alors sans tout comprendre, sans tout saisir du propos ».
Et puis le jeune homme a pris son envol, avec talent et réussite comme toujours : au Grand Théâtre de Genève puis en Allemagne.
Le voilà aujourd’hui de retour, plus mûr, toujours aussi passionné et séducteur, avec le désir d’épater les siens. Ces éternels questionnements identitaires sur l’image de l’homme et de la femme sont toujours présents.
Devenir auteur semble désormais le préoccuper la majorité du temps. D. Brun s’interroge sur comment élaborer une danse qui conserve la puissance vitale et le sens du rythme, le potentiel de virtuosité et la retenue intérieure, une danse qui ne narre pas, qui illustre encore moins… une danse qui danse parce qu’on ne danse jamais aussi juste et bien que dans les branches de son arbre généalogique.
Pour cette dernière création, il se prend pour un Christophe Colomb qui aurait oublié son histoire emblématique et qui retrouve les partitions musicales du XVème siècle, histoire de ponctuer l’univers chorégraphique.
Ne faut-il pas un début à la danse, ne serait-ce qu’une partition pour entamer un processus de création ? Le reste est sans importance.
Davy Brun laisse le soin au spectateur d’écrire l’argument de ses mouvements. Du plaisir, lui, il s’en charge.

1492, année queer ?
Le Toboggan de Décines, en partenariat avec la Maison de la Danse, accueille la compagnie Ando, menée par le danseur et chorégraphe lyonnais Davy Brun.
Formé au Conservatoire de région de Lyon et à l’École de Danse de l’Opéra de Paris, Davy Brun a intégré dès 1994 le Ballet de l’Opéra de Lyon. Confronté à de grands noms de la danse contemporaine durant ses années de formation et d’exercice en tant que danseur professionnel avant de se lancer dans la chorégraphie, Davy Brun reconnaît pour modèles des artistes aussi différents que Mats Ek, Trisha Brown, William Forsythe, Bill T. Jones ou encore Maguy Marin. C’est donc un spectacle nourri de ces influences hétéroclites que propose le chorégraphe au public lyonnais avec Christoffa, inspiré par la figure tutélaire de Christophe Colomb – le titre est d’ailleurs la version génoise du prénom du découvreur des Amériques. Rapprochant sa démarche artistique de celle de l’explorateur, Davy Brun estime qu’il relève de son devoir de suivre son intuition à la recherche de nouveaux territoires, qui ne nécessitent pas forcément d’embarquer sur la Niña, la Pinta ou la Santa Maria. Ainsi, derrière l’image officielle du célèbre Génois, le chorégraphe s’intéresse à la fêlure occultée par les manuels d’histoire. Le travail de Brun part de la découverte de partitions musicales attribuées à Colomb ou à son frère Bartolomeo, qui auraient été composées au XVe siècle et qui ouvrent des perspectives nouvelles sur la personnalité du navigateur. En mettant à jour la complexité d’un personnage aussi connu que Christophe Colomb, Davy Brun entend démontrer la difficulté de définir une identité de manière unidimensionnelle. À travers une succession de solos et de pas-de-deux, le chorégraphe interroge notamment la question du genre et la nature même du masculin et du féminin. Sa danse est donc en quelque sorte une application chorégraphique des théories queer : Davy Brun choisit de s’attaquer à son sujet «de biais», offrant ainsi une réflexion bien plus large sur la construction de soi et la perception d’autrui.
Stéphane Caruana